lundi 5 septembre 2016

Jean Lurçat, les céramiques numérotées

Plein de bonnes résolutions pour cette rentrée 2016, je me suis rendu à l'heure du déjeuner à la galerie des Gobelins pour parcourir l'exposition "Jean Lurçat (1892-1966) Au seul bruit du soleil" encore visible jusqu'au 18 septembre 2016.


A priori je n'ai pas d'attirance particulière pour la tapisserie domaine de prédilection de l'artiste en tant que renovateur de cet art au XXème siècle. Je dois avouer cependant qu'après une heure de visite à regarder ces créations étonnantes par leur taille (plus de 10 mètres), leur style, leurs couleurs éclatantes et leurs themes actuels très engagés pour certaines, je serais prêt à revoir ma position.


Bref je m'étais déplacé avant tout pour la production de céramique. Ce n'est clairement pas le propos principal de cette exposition qui présente avant tout des tapisseries mais également des peintures de l'artiste et des éléments de mobilier conçus certains en collaboration avec son frère architecte Alain Lurçat.


Au 2ème étage donc avant de rentrer dans un espace cloisonné dans lequel est exposé la 30aine de céramique, un petit cartouche d'information indique que Jean Lurçat a réalisé;
-l'essentiel de ses céramiques à la poterie de Saint Vicens près de Perpignan à partir de 1951
-des pièces originales et des séries limitées de 25,50,100 et même de 150 exemplaires.
L'atelier réalise les céramiques sur les indications de Jean Lurçat. L'artiste dessine un motif qui est repris ensuite par les décorateurs sous forme de poncifs et calques à petits trous. Les émaux sont appliqués sur un biscuit et sont fixés lors d'une 2ème cuisson.
Ensemble de pièces uniques sur fond ocre de 1956


La production de Jean Lurçat est d'une grande qualité et originalité. Elle se caractérise par un style et un univers très originaux. Sa poésie s'inspire de motifs stylisés particulièrement reconnaissables (flore, faune mythologique, sirènes, danseuses dionysiaques, étoiles, soleils, lunes, coq, oiseaux, poissons, chouettes) et des contrastes de couleurs très prononcés.
Grand Plat profil bleu sur fond jaune, 1962
Faience émaillée ex 1/150


Les pièces non numérotées que l'on trouve fréquemment (les assiettes par exemple) ont elles été produites sur un modèles de Jean-Lurçat et de son vivant? Quel est le lien avec les créations de Jean¨Picart Le Doux (1902-1982, co-fondateur avec Lurçat et Saint Saens des "peintres cartonniers" en 1947) qui rejoint Saint Vicens dans le sillage de Lurçat dans les années 60?


J'ai découvert un site sur l'atelier de Saint Vicens. Il y a même un livre sur l'histoire de cette manufacture toujours en activité. Peut être en saurais je un peu plus après sa lecture...

mardi 30 août 2016

Louis Franchet, un céramiste oublié au monograme "floral"

Interpelé récemment par la qualité de l'émaillage, une signature qui ne m'était pas inconnue et après avoir laissé un ordre très raisonnable, je me suis retrouvé propriétaire avant l'été d'un vase qui avait encore un certain nombre  d'information à réveler.



H 25cm
J'ai pu confirmer l'attribution de la céramique à Louis Franchet grace à un ouvrage en anglais de Paul Arthur sur les céramistes français art nouveau édités en début d'année par le éditions Norma.




Une vrai bible, incontournable pour ceux qui aiment les céramiques des années 1900.  Le livre évoque en 1901 l'existence de  plus de 200 lieux de productions soit 6000 employés sans compter le sculpteurs, peintres, architectes, chimistes. La masse d'information réunie par l'auteur est impressionnante. L'index  propose sur 14 pages   près 3000 noms d'artistes céramistes sculpteurs manufactures....Pour ne rien gacher les illustrations sont nombreuses et de qualité.
 Les dernières pages reprennent un grand nombre de marque/signature qui m'ont permis d'identifier mon vase.


J'ai pu donc obtenir des informations sur le travail   de Louis Franchet (1869-1940) à  travers l'ouvrage de Paul Arthur et un article plus approfondi publié par le même auteur trouvé sur internet.

 L.Franchet est présenté comme un chimiste céramiste comparable à A.Bigot, G.Vogt, Atelier Haviland…il aurait habité à Golfe-Juan pour ses recherches sur les émaux et les céramiques à reflets métalliques (certaines céramiques portent en plus du monogramme la marque Golfe-Juan). Il aurait donné des conseils à Leo Castel le fondateur de la faïencerie de Mont Chevalier. A partir de 1907 il est venu habiter à Asnières sur Seine. A t-il continué de produire des céramiques? rien ne semble certain.

Il  a  produit des céramiques japonisantes suffisamment intéressantes pour être exposées à l’exposition universelle de 1900 et au salon des artistes français de 1903.

Malgré un profil type du céramiste de l’époque …l’œuvre de Franchet est aujourd’hui complètement oubliée.

C’est dommage, car je trouve que la céramique que je possède et celles que j’ai pu voir n’ont   pas à souffrir de la comparaison avec certaines productions de Dalpayrat ou Rumebe par exemple.

Dans ce contexte je lance un avis de recherche  au possesseur de céramique de cet artiste et suis preneur de toutes informations complémentaires.









dimanche 24 janvier 2016

La Japonaise et le mystère de Saint-Clément résolu


Ces derniers week end, j'ai bravé courageusement le froid matinal pour aller chiner à Vanves. J'ai trouvé plusieurs céramiques sans grandes valeurs marchandes mais qui m'ont plu et m'ont encore permis de découvrir d'autres horizons.
Il y a 2 semaines, je suis donc tombé sur une céramique qui m'a interpellée par sa couleur bleu turquoise, son sujet inspiré de  l'Asie et la façon de traiter le forme relativement stylisée. On n'y retrouverait les attributs d'une japonaise (à confirmer); habit traditionnel (le kimono agrémenté d'un obi),  l'éventail et le chignon. 
 
Le prix très raisonnable et le plaisir que la céramique avait suscité en  moi ne m'ont pas fait hésité longtemps même si  je préfère acheter une pièce lorsqu'elle est  marquée. 

La "statuette" était en effet à  priori dénuée de toute marque. Le vendeur m'affirmait que la pièce était une production de Saint Clément et qu'il ne s'agissait pas d'un serre-livres. Le dessous était recouvert  d'une moquette et le vendeur m'a encore assuré que dessous je devrais trouver une marque. Bref après avoir nettoyé la pièce bien sûr il n'y avait pas de marque par contre je restais très content de mon achat et ma famille également.

e parcours le net pour piocher des informations sur la manufacture de Saint Clément (que je ne connais pas) et regarde si par hasard je pourrais trouver un modèle similaire ou plus généralement de l'information. Et bingo en effet je trouve sur un site marchand bien connu actuellement encore en vente un serre-livres aux chinois (aux japonais) marqué St clement avec le numéro 970.
 Il n'en faut pas moins pour piquer ma curiosité. Quel est donc l'origine de mon exemplaire sans marque? (les 2 exemplaires m'apparaissent identiques, il m'étonnerait qu'il n'ait pas été fait à  partir des mêmes moules  par contre le dessous de mon exemplaire est caractérisé par un trou plus grand....?)
 

 
Je suis rentré en contact avec la présidente de l' Association Saint-Clément, ses Fayences et son Passé qui très amicalement m'a communiqué toutes les informations que je cherchais. Elle me confirme que 

- ma paire de serre-livres est en effet un modèle bien connu à Saint-Clément, édité en bleu dit "Bleu Deck", du nom de son inventeur vers le milieu du 19e siècle, bleu très couru pour imiter les céramiques japonaises.

-mon exemplaire n'a plus la marque du fond du moule car ce dernier a été modifié, le trou plus grand facilite la vidange du moule lors de la fabrication par coulage. Il y a eu de multiples rééditions depuis les années 1930, date probable de création, et notamment dans les années 1980.

Pour finir elle m'informe qu'une exposition sur les productions du 20ème siècle aura lieu à Saint-Clément cet été. Pourquoi pas ne pas envisager un petit détours après le pèlerinage annuel à Rambervillers connu pour ces fameuses céramiques et sa tête de veau...